Ce matin j’ai essayé d’appeler ma mère mais je suis tombée sur le répondeur. Cet après midi je reçois un sms : « Mon téléphone était éteint parce que j’ai dû emmener ton père à l’hôpital, tu peux me rappeler maintenant ».
Je rappelle immédiatement, LÉGÈREMENT en panique.

- Maman c’est moi, il se passe quoi avec papa ?
- Oh bah il m’a fait passer la matinée aux urgences tiens.
- Mais POURQUOI ? Il va bien ?
- Oui oui il va bien, je peux te raconter si tu veux.
- Heu OUI PAR EXEMPLE, pourquoi pas, j’ai rien d’autre à faire alors je veux bien savoir pourquoi mon père que j’aime, que j’adule, qui a un peu 78 ans et qui pète habituellement la forme, a dû être envoyé à l’hôpital.
- Ok alors voilà, ce matin je me suis levée et j’entendais pas ton père dans la maison. A ce moment là je me dis que c’est bizarre, d’habitude il fait tellement de bruit, mais je n’y fais pas plus attention que ça et je vais prendre ma douche. Ensuite je vais à la cuisine et là je trouve ton père à table, devant son café, la tête tombant sur sa poitrine et les yeux fermés. Alors je pense qu’il fait l’andouille comme d’habitude et je me prépare mes tartines en faisant réchauffer mon café.
(Il faut savoir que mon père est un gros blagueur de la vie, on a tous tendance à un peu l’ignorer quand il fait des trucs bizarres). Mais comme il continue à ne pas bouger je commence à m’inquiéter et je le secoue doucement. Il bouge pas. Alors je le secoue plus fort. Là il tombe dans mes bras et je m’aperçois qu’il est évanoui. Je lui mets une gifle et il ouvre doucement les yeux. Je lui pose des questions mais on dirait qu’il ne sait plus parler, sa bouche est molle, ce qu’il dit n’a strictement aucun sens, alors je le laisse là et j’appelle les voisins pour m’aider à le transporter dans le canapé. J’appelle aussi le samu, qui débarque avec les pompiers, ils emportent ton père, le mettent sous perfusion, le font passer en priorité aux urgences où on me parle d’un arrêt cardio-vasculaire, d’hospitalisation pendant 48h minimum et d’examens à faire. Au bout de 4h les examens sont fait, on ne trouve rien, ton père va un peu mieux et le médecin me dit qu’il se rétablit « anormalement vite », mais que c’est bon signe, alors je peux le ramener à la maison si je reste très vigilante. Comme il n’arrive pas encore à marcher on me prête un fauteuil roulant, je mets ton père dans la voiture et là il me sort « Je crois que tu t’es un peu emballée pour rien, je vais très bien, je veux un poulet rôti ». J’ai juste envie de pleurer parce que je viens d’avoir la sensation d’être à deux doigts de perdre mon mari alors je ne réponds même pas et je vais acheter un poulet au marché. Il a presque bouffé le poulet entier, j’ai rien compris. En début d’aprèm il va de mieux en mieux et je lui dis « T’as pas pris ton traitement pour ton diabète ce matin du coup, il faut que tu le prennes maintenant », mais il me répond qu’il est sûr de l’avoir pris avant son petit-déjeuner. Alors je lui explique que c’est impossible puisqu’il ne sait même pas où se trouve la boite de médicaments mais il me dit « Mais si, dans le cagibi, il y a une boite avec des pilules dedans ». Je vais voir, je trouve effectivement une boite, et tu sais ce que c’était ? Les somnifères de ta grand-mère. Il en a pris 3 ce matin.
- PUTAIN ! MAIS HAAA MAIS PUTAIN QUOI ! LE CON ! TU M’AS FAIT PEUR MAMAN !
- Oui bah tu crois que j’ai pas eu ma dose d’angoisse moi ce matin peut être ? J’ai le droit de jouer un peu avec les nerfs des autres. Et puis j’ose même pas rappeler l’hôpital pour leur expliquer, j’ai trop honte. Je me demande ce qu’on va faire du fauteuil roulant.

Il se passe TOUJOURS un truc chez mes parents. TOUJOURS.